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Déscolarisée et mariée pour financer les études de mon frère

Dans cette lettre imaginaire, la blogueuse Salimata Traoré prête sa plume à Binta, une jeune fille retirée de l’école par ses parents pour être donnée en mariage au riche Ba Bourama, pour ainsi permettre de financer les études de son frère Sidy.

Chers parents,

Où que vous soyez, j’espère que vous lirez cette lettre, que vous saurez à quel point vous avez détruit ma vie. Que le monde sache ce que je suis devenue à cause de vous.

Je me rappelle encore ma jeunesse comme si s’était hier. Après tout, c’est normal, étant donné que ce sont les seuls bons souvenirs que je garde. Avant que vous ne bouleversiez ma vie. Et pourtant, je n’étais ni aigrie, ni pessimiste, comme je le suis aujourd’hui. J’étais une petite fille avec plein de rêves et d’ambitions. J’adorais les études, c’était pour moi le moyen le plus sûr, facile et honnête d’atteindre mes objectifs, de devenir une femme ayant réussi sa vie.

Une femme ayant changé la vie de toute sa famille. Je ne me doutais pas qu’à vos yeux, j’étais juste un poids et non un espoir.

Je me rappelle encore ce fameux jour où vous m’avez appelée dans la cour. Je venais à peine de rentrer de l’école, je venais d’être la première de ma classe et j’avais hâte de vous le dire. Mais vous ne m’avez pas laissé le temps de parler. Ba (père, en bamanakan) m’a tout simplement dit : « Binta, tu viens d’avoir tes 16 ans, tu es devenue grande là. La mission de ta mère et moi est finie désormais. Ba Bourama est venu te doter.

Je dois dire que c’est une bonne chose pour nous, c’est un bon parti. Et grâce à lui, on pourra continuer de financer les études de ton grand frère Sidy ».

A ce moment précis, j’ai senti que je n’étais pas un enfant au même titre que mon frère Sidy à vos yeux. Lui, il était le garçon, futur chef de famille et espoir de tous. Moi, je n’étais qu’un moyen de plus pour que vous puissiez vivre le temps que votre espoir réussisse.

Ainsi contraint, je me suis mariée avec Ba Bourama. Chose qui n’a pas longtemps duré… Après quelques mois de mariage, je n’en pouvais plus de cette vie d’adulte qu’on m’imposait. L’école me manquait et j’étais triste à l’idée que mes rêves ne se réaliseraient peut-être jamais.

  1. Fatiguée de supporter un père comme mari

Vous savez, chers parents, une personne qui n’a rien à perdre est prête à tout. Ce fut mon cas. Fatiguée de supporter un père comme mari, je me suis enfuie de chez lui. Je me doutais bien que je ne serais pas la bienvenue à la maison. Mais, j’ai quand même essayé tout en espérant qu’en me voyant, le lien de sang sera plus fort que tout et que vous m’ouvrirez les portes. J’ai alors réalisé que je me suis juste fait de faux espoirs en attendant de la bouche de Ba : « Tu es une honte pour nous Binta ! Comment une femme ose-t-elle fuir son mariage et revenir chez ses parents ? T’avons-nous éduquée ainsi ? Soit tu retournes chez ton mari, soit tu te cherches un autre endroit, pas ici quand même ! Non, mais quelle honte ! »

Si j’étais sûre d’une chose, c’est que je ne retournerai jamais chez Ba Bourama. Je n’avais plus nulle part où aller, sans argent ni famille. Pour moi, je n’avais plus de vie, peu importe ce que je faisais, je m’en foutais pas mal.

Je n’attendais qu’une chose, le jour de ma mort. Condamnée à vivre dans la rue avant ce jour-là, ma seule solution de survie fut de me prostituer.

Chers parents,

Une enfant qui s’enfuit de son foyer n’était-elle pas une honte moins grave que celle qui s’est prostituée ? N’avais-je pas le même droit que Sidy de réaliser mes rêves ? Et pourtant, je n’ai jamais demandé grand-chose, j’ai juste voulu être un enfant normal ayant des droits normaux.

Peu importe maintenant, je suis prisonnière de cette fatalité. Et j’espère bien que tant que je vivrais cette fatalité, vous vivrez cette honte.

Cordialement

Source : Buzyafrica

 




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